Un conte ensoleillé, et sensuel

Que représentait pour vous Bonjour tristesse avant que vous n’en entrepreniez l’adaptation ?
Frédéric Rébéna : À l’origine, c’est d’abord un souvenir : littéralement, un volume dans la bibliothèque de la maison familiale où j’ai grandi. Ce livre détonnait un peu dans l’environnement plutôt conservateur qui était celui de mes parents. Le titre m’intriguait. Alors, lorsque j’ai été en âge de le faire, je l’ai lu.
 
Qu’avez-vous ressenti alors ?
F.R. : Je me souviens avoir été assez étonné par le milieu qu’il dépeignait : un univers de mondanités, d’oisiveté, d’argent facile. Évidemment, je l’ai lu et relu ensuite de façon beaucoup plus approfondie lorsqu’il a été question de l’adapter. Une lecture angoissée, presque tétanisée face à l’enjeu de cette adaptation : ce n’est pas tant le titre qui est écrasant, c’est l’icône qu’est Françoise Sagan.
 
Denis Westhoff, comment avez-vous accueilli la proposition de transposer ce livre culte en bande dessinée ?
Denis Westhoff : Avec beaucoup d’enthousiasme ! Enfant, comme beaucoup, je lisais les grands classiques de l’époque. Ma mère et moi partagions d’ailleurs les mêmes goûts pour Lucky Luke, Astérix et pour Tintin, les Bijoux de la Castafiore, était l’un de nos favoris. Lorsque cette proposition d’adaptation m’a été soumise, j’ai immédiatement été séduit.
 
«Ce n’est pas tant le titre qui est écrasant, c’est l’icône qu’est Françoise Sagan. »
 
Frédéric, des difficultés particulières pour mener à bien cette adaptation ? 
F. R. : Tout est difficile dans un travail comme celui-là, il faut complètement rebattre les cartes : définir le bon angle pour chaque personnage, reconstruire une narration par l’image, trouver comment les situations peuvent s’inscrire en résonance avec l’époque actuelle... Le dessin proprement dit, c’est presque secondaire.
 
Vous avez aussi fourni un gros travail sur les décors et l'environnement... 
F. R. : Oui, un travail de stylisme. L’architecture, le mobilier, les accessoires, la végétation... Je ne voulais pas d’un inventaire de type catalogue de décoration, mais il me fallait tout de même des éléments qui aient de la tenue. Si vous regardez bien, vous trouverez dans l’album des traces de Fernand Léger, Le Corbusier, Rothko… 
 
Denis, avez-vous suivi le travail en cours d’élaboration ?
D. W. : Lorsque l’on me propose d’adapter une œuvre de ma mère, sous quelque forme que ce soit, je suis, d’une manière générale, plutôt confiant sur l’issue du projet ; il me semble d’ailleurs difficile de s’écarter ou de déformer une œuvre de Françoise Sagan. Cette bande dessinée est une réussite. Je souhaite tous les succès à cet album, sans toutefois penser que l’un pourrait être le pendant de l’autre,  chaque œuvre est indépendante, et cette bande dessinée sert avec talent le livre universel qu’est Bonjour tristesse.