Sorcières de mère en fille

Plébiscité lors de sa parution à l'école des loisirs, le roman de Marie Desplechin,Verte, devient une bande dessinée, adaptée et mise en images avec bonheur par la dessinatrice Magali Le Huche. Entretien.

Quel effet cela fait-il d’entreprendrel’adaptation en bande dessinée d’un roman à succès de Marie Desplechin ?

Magali Le Huche : Quand Rue de Sèvres m’a proposé ce projet, je dois dire que j’ai ressenti une petite appréhension. J’avais déjà réalisé deux albums de bande dessinée chez Dargaud, sur des scénarios de Gwendoline Raisson, mais c’était la première fois qu’on me proposait de réaliser moi-même l’adaptation d’un roman. Je l’ai vécu comme un cadeau, une belle surprise… mais aussi comme un challenge. J’ai quand même mis un an avant d'oser me lancer !

Et maintenant que le projet est en cours ?

M. L. H. : J’adore ! Je me suis totalement accrochée à cette histoire, cet univers. Au-delà des portraits de sorcières modernes que sont Verte, sa mère et sa grand mère, je suis très sensible à la question du rapport mère-fille et de la transmission, forte et compliquée à la fois.

De quelle manière avez-vous mené cette adaptation ?

M. L. H. : C’est l’un des aspects passionnants de ce travail : définir, à partir de la matière qu’est le roman, ce qui est pertinent en images et ce qui l’est moins. Trouver des biais pour aménager le récit dans le format souhaité – 80 pages – sans le trahir. Dans le roman, l’histoire est successivement racontée par quatre narratrices et un narrateur différents ; cette structure n’avait plus lieu d’être en bande dessinée. J’ai également cherché à simplifier les dialogues, dans un registre voisin du théâtre, qui fasse passer l’humour du texte.

Il faut aussi donner un visage et un physique aux personnages…

M. L. H. : Ça, ce n’était pas le plus difficile. L’image m’est un langage naturel, et du coup je vois assez spontanément les personnages. Il suffit juste de leur faire passer un petit « casting »…

Quelle relation avez-vous nouée avec Marie Desplechin ?

M. L. H. : Elle m’a tout de suite mise à l’aise et nous avons vite sympathisé. Le plus encourageant pour moi a été de sentir qu’elle me faisait vraiment confiance. Elle est toujours restée disponible, mais sans beaucoup intervenir. Du coup, je me suis sentie très libre.


Verte, Magali Le Huche et Marie Desplechin, 23 mars 2017, 14 euros, 72 pages.