Rostand avant Cyrano

 
 
                                                     
 
Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés tous les deux et comment le projet d’Edmond en bande dessinée a-t-il pris corps ?

Léonard Chemineau : C’est notre éditeur qui nous a rapprochés. Moi, j’étais un novice total en théâtre, je n’avais rien lu ni rien vu, même pas Cyrano. J’ai découvert le travail d’Alexis en allant voir Edmond sur scène, alors que j’étais en train de terminer mon précédent album, Le Travailleur de la nuit. J’ai adoré ! La pièce m’a séduit non seulement par la stature de Rostand et de son personnage, mais aussi par son humour, son rythme. J’y ai vu l’occasion de laisser se déployer, dans mon dessin, une fibre comique que je m’étais toujours efforcé d’atténuer dans mes albums antérieurs.

De quelle manière votre collaboration s’est-elle mise en place ?

A.M. : De manière très évidente, tout simplement parce qu’avant de devenir une pièce de théâtre, Edmond était un projet de film. Il y avait donc déjà une forte dynamique narrative, des scènes nombreuses, beaucoup de personnages… Le premier travail d’adaptation s’est fait avec le passage au théâtre. Et puis, le succès théâtral venant, l’éventualité de faire d’Edmond un film a fini par se concrétiser. C’est au cours de cette période que l’idée d’une adaptation en bande dessinée a surgi, en parallèle. Le travail accompli avec Léonard est une sorte d’hybride entre la pièce et le futur film.

L.C. : Nous avons d’abord fait ensemble une lecture très approfondie de toute la pièce, qui nous a permis de dégager des principes de travail, de poser les grandes lignes, et de commencer à couper dans les dialogues. À partir de là, Alexis m’a laissé libre d’avancer comme je le voulais. Nous avons mis au point un système d’aller-retours très fréquents entre nous, qui nous permettait d’ajuster et corriger très vite ce qui devait l’être. Ce que j’ai fait finalement, c’est un story-board très poussé. Par la suite, il n’y avait plus qu’à finaliser et mettre en couleur.

Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur Rostand et Cyrano ?

L.C. : Pour moi, Cyrano est une histoire matricielle. Qu’un type moche en vienne à faire draguer la femme qu’il aime par un type mieux avantagé, c’est une situation universelle. Il y en a beaucoup dans cette histoire, je comprends qu’elle puisse susciter un tel engouement.

A.M. : Ce qui m’a toujours intéressé dans le personnage d’Edmond Rostand, c’est ce qui se passe avant Cyrano. Contre vents et marées, ce type s’acharne à créer un spectacle que les canons de l’époque considèrent comme ringard : écrit en alexandrins et qui dure trois heures ! Personne n’y croit. Pourtant c’est ce qui lui permet de devenir un classique, un poète national. Et en un seul soir seulement, celui de la première ! Cette histoire folle dans la vie de cet homme continue à me fasciner.