Matz, Jef et Walter Hill récidivent !

Le trio gagnant réuni pour Balles perdues se reconstitue avec une nouvelle histoire aussi physique et mouvementée… et encore plus déjantée. Explications de Matz, adaptateur de ce récit haletant signé Walter Hill.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler dans quelles circonstances vous avez fait la connaissance de Walter Hill ?

Matz : C’était il y a quelques années sur le tournage de son film Du plomb dans la tête, adapté d’une trilogie en bande dessinée dont j’avais écrit le scénario, mise en images par Colin Wilson. J’avais été invité sur le plateau, à la Nouvelle-Orléans, et c’est là que j’ai fait la connaissance de Walter. Nous avons immédiatement sympathisé. Walter aime sincèrement la bande dessinée, il en lit depuis toujours, et de fil en aiguille nous avons évoqué l’idée de transposer en bande dessinée l’un de ses scénarios — puisqu’il est autant scénariste que metteur en scène. Walter était d’emblée très enthousiaste à cette perspective. Cela a donné Balles perdues, le premier album que nous avons signé ensemble l’an dernier, avec Jef au dessin, déjà.

Quelle a été sa réaction une fois que l’album a été publié ?

Matz : Écoutez, c’est presque génant à dire, parce qu’on parle tout de même de Walter Hill, l’une des références mondiales du scénario d’action, mais il nous a envoyé à Jef et moi des e-mails dithyrambiques à la sortie de l’album. Il a été tellement ravi du résultat qu’il a quand même fait le voyage depuis Los Angeles uniquement pour participer à deux séances de dédicaces… Bref, l’idée s’est assez vite imposée de travailler à un autre projet ensemble. Voilà comment on en est arrivé au nouveau récit qui nous réunit aujourd’hui.

Concrètement, de quelle manière le choix de cette nouvelle histoire s’est-il décidé ?

Matz : Parmi les différentes possibilités qui s’offraient à nous, il y avait, précisément, l’histoire que Walter était en train d’écrire à ce moment-là. Il a voulu lui donner la priorité pour des raisons de cohérence. Cette histoire en effet, qui s’intitule Tomboy en V.O. — c’est-à-dire « garçon manqué » en anglais — et Corps et Âme en français, va aussi donner lieu à un film de cinéma, qui est actuellement en train d’être tourné par Walter. De fait, il était plus logique de ne pas se disperser, même si la version cinéma ne sortira qu’après le livre, les conditions de production de la bande dessinée étant considérablement plus rapides que celles d’un film.

Il ne faut pas trop exposer l’intrigue de Corps et Âme, au risque d’éventer un suspense qu’il serait dommage de trahir, mais néanmoins que peut-on dévoiler de ce récit ?

Matz : C’est vrai, je ne voudrais pas que cet entretien devienne un spoiler… Disons, pour délimiter un peu les choses, que Corps et Âme présente en apparence les attributs d’un récit classique de malfrats, mais que l’intrigue bascule brusquement, de manière brutale et très inattendue, dans un registre beaucoup plus déjanté. C’est d’ailleurs ainsi que moi-même j’ai réagi lorsque j’ai commencé à lire. Au début, j’ai dit à Walter, presque déçu : bon, OK, encore une histoire de tueur… Il s’est contenté de me répondre : lis ! Et de fait, une fois que j’ai terminé ma lecture, j’étais bluffé.

Votre rôle d’adaptateur est-il facile à tenir, face à un scénariste de la trempe de Walter Hill ?

Matz : C’est vrai que son pedigree aurait de quoi intimider. Mais en réalité, ça se passe vraiment en bonne intelligence, parce que nous avons, Walter, Jef et moi, développé une relation de confiance. Il y a des aller-retours permanents entre nous trois, qu’il s’agisse des situations ou des personnages. Lorsque je sens que des passages importants sont en question, Walter est toujours consulté. Même chose pour Jef lors de la phase de mise au point graphique des personnages : nous avons toujours fait en sorte que Walter puisse donner ses indications. Et a contrario, lui est toujours ouvert à nos suggestions, par exemple pour me laisser donner à la narration des inflexions qui n’étaient pas forcément prévues dès le départ. Le dialogue entre nous tous est rapide et fluide, nous sommes très complémentaires. À l’usage, Walter s’est toujours montré À la fois enthousiaste, chaleureux et bienveillant. C’est une grande chance.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du travail de Jef ?

Matz : Je suis impressionné par l’énergie que dégage son dessin. D’un album à l’autre, je trouve qu’il gagne encore en maîtrise, en efficacité.

Vos projets par la suite, tant avec Walter Hill qu’avec Jef ?

Matz : Corps et Âme sortira en mars 2016, pour le Salon du livre de Paris, et il faudra bien sûr d’abord laisser Walter Hill terminer son film. On verra ensuite si quelque chose d’autre peut s’engager. Je sais qu’il avait en tête une autre histoire qui aurait eu pour héros celui de Balles perdues… Quant à Jef et moi, nous avons déjà programmé un autre livre : ce sera cette fois un western, que l’on espère innovant, et il sera également publié chez Rue de Sèvres.


Corps et Âme de Walter Hill, Matz et Jef, sortie le 16 mars 2016, 18 euros, 136 pages.