L'histoire à bras le corps selon Tiburce Oger

Avec Ma Guerre, inspiré des épreuves vécues par son grand-père au cours de la Seconde Guerre mondiale, Tiburce Oger concrétise le projet de livre qu’il mûrissait depuis trente ans. Un récit abrupt et saisissant, à l’indéniable parfum d’authenticité.

Il y a longtemps que vous aviez ce projet d’album en tête…

Tiburce Oger : J’ai envie de raconter cette histoire depuis mon enfance ! Il y avait une sorte de secret qui flottait autour du grand-père et de ce qu’il avait vécu au cours de la guerre, et qui relevait de l’interdit. Ma grandmère avait le souci de le protéger et lui-même n’était pas non plus très désireux de revenir sur ces événements. À cette époque, ceux qui étaient rentrés des camps avaient choisi une forme de silence, parce qu’entendre des gens se plaindre de leurs tickets de rationnement, eux qui avaient survécu en mangeant de lasciure de bois bouillie…

Qu’est-ce qui, finalement, a « déverrouillé» ce récit ?

T. O. : Le déclic s’est produit lorsqu’on a décoré mon grand-père de la Légion d’honneur. Lui et deux autres survivants du camp d’Allach se sont décidés à raconter leur histoire. Avec l’idée d’une transmission aux générations suivantes.

Le fait que son petit-fils propose d’en faire un livre a sans doute influencé sa décision…

T. O. : Oui, bien sûr. Il m’a dit tout de suite « si c’est toi qui fais le livre, alors c’est d’accord ». C’était le moment que j’attendais depuis si longtemps.

 

« Il y avait une sorte de secret qui flottait autour
du grand-père et de ce qu’il avait vécu au cours
de la guerre, et qui relevait de l’interdit. »

 

Concrètement, comment avez-vous travaillé ?

T. O. : Son témoignage a été recueilli sous forme orale par un historien. J’ai ensuite tout réécouté, sélectionné les moments qui m’ont paru les plus importants, et essayé de préserver sa façon de parler.

Y a-t-il eu des passages difficiles à dessiner ?

T. O. : C’est certainement le livre que j’ai eu le plus de difficultés à réaliser. J’ai trouvé douloureux de représenter la violence, la torture… Assez rapidement, j’ai compris qu’il fallait que je me détache émotionnellement de ce que je dessinais. J’ai essayé de positiver.

Dans quel état d’esprit votre grand-père est-il aujourd’hui, à la veille de la parution de l’album ?

T. O. : Pendant toutes ces années, il a patienté avec ce « secret » lourd à porter : pour tous les rescapés, s’imposer ainsi le silence au retour, c’était une deuxième souffrance. Aujourd’hui, c’est presque le contraire, il est impatient. Je sais qu’il attend les dédicaces avec gourmandise.

Et vous ?

T. O. : C’est extrêmement émouvant. J’ai vraiment le sentiment de rendre un hommage à cet homme. C’est le livre dont je rêvais depuis trente ans.


Ma Guerre, de La Rochelle à Dachau, Guy-Pierre Gautier et Tiburce Oger, 22 février 2017, 18 euros, 80 pages.