CHAPLIN T1, INTERVIEW

Pourquoi Chaplin ?

Laurent Seksik : Chaplin fait partie des géants que j’ai toujours admirés et sur lesquels j’avais envie de travailler depuis longtemps. C’est assez unique, un cinéaste et acteur qui aligne autant de chefs-d’oeuvre, retrace le siècle et, en même temps, parle d’amour, de la solitude du genre humain et de la communauté universelle. C’est tout à fait unique. Il y a Picasso, Einstein et Chaplin. Il n’était pas question de faire une encyclopédie de la vie de Chaplin. Cet album et les deux qui vont suivre, c’est l’histoire d’un individu qui par ailleurs s’appelle Charlie Chaplin. C’est avant tout l’histoire d’un homme.

David François : J’ai lu et regardé ce que Chaplin avait fait et vécu et c’est vraiment le déroulé de sa vie qui m’a donné envie de faire ce projet. Il y un côté romanesque. On a l’impression qu’une vie pareille ne peut pas exister ! C’est une fresque. Il a vécu tout le xxe siècle, c’est assez bluffant.

Laurent, qu’est-ce que David a apporté au personnage ?

L. S. : Le style de David François est tellement adapté à Chaplin ! À la fois moderne et classique. David a un dessin qui virevolte, plein de joie, derrière lequel il y a un soupçon de mélancolie. Et Chaplin, c’est ça. C’est quelqu’un qui fait virevolter sa canne, qui saute, quelqu’un en mouvement, mais qui a la tête sur les épaules, et qui est toujours dans le vide. Qui marche sur un fil. Et le dessin de David François, c’est ça : très aérien, léger, subtil. Drôle aussi. Il y a un humour dans son dessin qui est rare, et qui n’est pas appuyé. C’est un humour très délicat, suggéré. Et c’est d’ailleurs la délicatesse du Chaplin de Limelight ou des Temps modernes. Pour retracer la vie de cet homme qui a eu mille vies, ce dessin tellement jubilatoire était un vrai cadeau.

D. F. : Je crois que c’est vraiment dans le jeu d’acteur que je m’amuse le plus. Chaplin, c’est LE personnage par excellence. Jusqu’à présent, les livres que j’ai faits n’ont pas dépassé les années 30. Là, on va jusqu’à la mort de Chaplin, un peu avant les années 80. Dessiner trois ou quatre époques différentes, c’était en plus, pour moi, graphiquement, un super challenge.