Alexandre Jacob, anarchiste et voleur

Après Julio Popper, Chemineau et Matz récidivent dans le portrait historique avec l’incroyable histoire d’Alexandre Jacob, l’anarchiste cambrioleur du début du xxe siècle qui a probablement inspiré le personnage d’Arsène Lupin.

Comment votre route a-t-elle croisé celle d’Alexandre Jacob, le principal personnage du Travailleur de la nuit ?

Matz : C’est un ami libraire qui m’en a parlé pour la première fois. On l’a oublié aujourd’hui, mais au tout début du xxe siècle, ce cambrioleur à la foi idéaliste et anarchiste pur et dur a vraiment été l’ennemi public numéro un. J’ai lu tout ce qui existe sur lui et, effectivement, j’ai vite compris que nous avions affaire à un personnage plus grand que nature.

C’est-à-dire ?

Matz : Il a eu une vie tellement riche et tellement trépidante que le problème a plutôt été de choisir ce qu’il faudrait laisser de côté… Il est imprévisible et souvent drôle. Il laisse des mots remplis d’humour à ses victimes et, alors que ses cambriolages rapportent des millions, il continue obstinément à manger dans une gargote à deux sous !

 

« Il a une vie tellement riche et trépidante
que le problème a été de choisir
ce qu’il faudrait laisser de côté. »

 

Du coup, tout ce que vous racontez dans l’album est conforme à la véritable histoire de Jacob ?

Léonard Chemineau : Pratiquement, oui. Comme dans Julio Popper, notre précédent album ensemble, notre parti pris a toujours été de coller le plus possible aux données historiques. Il a pu nous arriver d’inventer quelques bricoles, mais seulement quand les sources faisaient défaut. Justement, avez-vous rencontré des difficultés de documentation ?

Léonard Chemineau : Non, pas vraiment. Ce que j’ai trouvé le plus délicat à réaliser graphiquement, c’était la dimension charbonneuse des atmosphères de l’époque, ce côté révolution industrielle. Et puis, bien sûr, le vieillissement des personnages : on suit la plupart d’entre eux tout au long de leur vie et il a fallu les faire vieillir ensemble de façon cohérente, tout en les gardant identifiables pour le lecteur.

Finalement, qu’est-ce qui fait le sel de ce personnage et de son incroyable histoire ?

Matz : Pour moi, c’est sa rectitude morale. Et une sincérité assez touchante, sans aucune sensiblerie.

Léonard Chemineau : Il est étonnant tout le temps. Même sa mort est intéressante : il choisit de se suicider parce qu’il sent la maladie arriver, et comme ses convictions lui interdisent de laisser quoi que ce soit à l’État… il solde tous ses comptes en offrant un festin aux gosses de son village.


Le Travailleur de la nuit, Matz et Léonard Chemineau, 19 avril 2017, 18 euros, 128 pages.